| - BeninInfo.com Groupe AS | Réseau d'Information, d'Opportunité et de Promotion du Bénin | |||||||
![]() |
|
||||||
![]() |
![]() |
Le coût du remaniement ministériel La question mérite d’être posée : pourquoi éprouve-t-on tant de mal à procéder à un remaniement ministériel, à former un gouvernement sous nos latitudes tropicales ? Sans insinuer le moins du monde que, sous d’autres cieux, cet exercice politique est plus facile ou plus aisé, on doit cependant reconnaître, contrairement à ce qui se passe chez nous, qu’il y a moins de lourdeur, moins de pesanteur autour. Cela se fait donc plus vite, avec l’avantage de la transparence et le bénéfice de la cohérence. Annoncée depuis des mois, la formation d’un nouveau gouvernement, dans notre pays, n’en finit plus de finir. Tout le monde attend fiévreusement cet événement, mais rien ne l’annonce formellement. Tout le monde en parle, dans les bureaux, dans la rue, sur les marchés, mais personne ne peut, à cet égard, se référer à une quelconque source digne de foi. Le Chef de l’Etat, dont c’est l’une des prérogatives constitutionnelles en la matière, est à pied d’œuvre. Mais du fait de mille et un impondérables qui interfèrent dans le cours des choses, il ne peut arriver à ses fins d’un claquement des doigts. Aussi doit-il s’obliger à revoir à l’infini sa copie. Il doit prendre le temps qu’il faut pour bâtir une équipe gouvernementale comme il faut. Et le voilà, depuis de long mois, à consulter, à discuter, à négocier, sans que, jusqu’ici, rien ne pointe à l’horizon. Le pays, déjà fort éprouvé, tourne au ralenti. Et plus cela dure et plus durs seront nos jours et nos nuits, plus salée la note à payer pour la formation de ce gouvernement qui ne se fait que trop attendre. La formation d’un gouvernement, dans nos pays, s’apparente ainsi à un travail de titan qui occupe le temps de ceux qui y sont appelés. Un exercice prioritairement politique qui ne demande qu’à être contenu dans la sphère du pouvoir d’Etat, se trouve, chemin faisant, de multiples rallonges qui le rendent, à la fin, ardu et complexe. Tout se charge et se surcharge alors de considérations autres que politiques, dans l’acception étymologiquement noble du terme. Politikê, en grec, c’est, en effet, la construction de la cité. Au-delà de celui ou de celle qui est appelé au gouvernement, c’est souvent une famille politique qui est honorée, c’est un terroir déterminé qui est distingué, c’est une communauté qui est récompensée, ce sont des lobbies de l’ombre qui se trouve un porte-voix, c’est une carte majeure qu’on joue ou qu’on se donne, dans un jeu compliqué, souterrain pour l’essentiel. Avec autant de considérations dans le choix des hommes et des femmes devant former une équipe gouvernementale, vous voilà devant un véritable casse-tête, vous voilà face à une préparation chimique complexe dont il faut prendre le temps et le soin d’identifier, pour les doser au mieux, les différents éléments devant y entrer. La formation d’un gouvernement, dans ces conditions, relève d’une équation à plusieurs inconnues. Le premier venu ne saurait la résoudre au pied levé. Et personne, pour y parvenir, ne peut être pleinement maître de son temps. Et puis, un gouvernement nouveau, c’est aussi des gens qui partent et qui laissent leurs fauteuils à d’autres. Cela ne se fait pas sans déchirures, sans acrimonie. Déjà, qui va au gouvernement pense avoir réussi à escalader le Kilimandjaro, le plus haut sommet d’Afrique. Il se sent plus près de Dieu que des pauvres mortels qui végètent au pied de l’échelle sociale. Et puis, on ne sait pas démissionner de ces hautes fonctions qu’on tient à garder envers et contre tout, comme un patrimoine familial. Voilà qu’à la faveur d’un remaniement ministériel, on vient à vous demander de descendre de votre Kilimandjaro pour rejoindre la caravane des gens ordinaires. Si ce n’est pas une sanction, concédez que cela y ressemble. Il est ainsi rare qu’un ministre se résigne à partir avant d’avoir joué de tous ses atouts, dans un tonitruant baroud d’honneur. Rien ne manque alors à l’arsenal du partant : pressions, interventions, recommandations, sans oublier l’inévitable batterie de missiles sol-sol ou sol-air, dans une guerre de l’ombre sans merci. C’est évident que tout cela pèse sur la formation d’un nouveau gouvernement. C’est évident que tout cela complique singulièrement la tâche de celui qui s’y engage. Mais voilà que nous ambitionnons d’être un pays moderne, un Etat de droit. Si c’est cela l’horizon visé, jamais nous ne serions en mesure d’y approcher, si nous devions ainsi nous en mêler les pédales avant chaque remaniement ministériel, si nous devions perdre, chaque fois, un temps fou pour rien, et, par conséquent, beaucoup d’argent, l’argent du contribuable, faut-il le préciser, à comptabiliser comme un manque à gagner pour le pays. Pour une gestion efficace et efficiente des remaniements ministériels et au risque de passer pour celui simplifie trop, il va falloir prendre le ferme engagement de nous séparer de l’appareillage actuel, lourd à tous égards, et à partir duquel nous confectionnons notre grille de choix de ceux qui ne devraient jamais cesser d’être les premiers serviteurs de l’Etat et de la nation. Adieu, donc, dans cet esprit, les quotas, les critères d’appartenance à des fraternités occultes et souterraines, les dosages ethniques, les considérations d’équilibres interrégionaux, les marchandages entre appreils politiques. Nous devons privilégier la capacité des hommes, en termes de compétence additionnée à l’expérience. Nous devons faire prévaloir la convergence des vues et des visions avec le chef d’orchestre, dans l’esprit de voir le ministre à sa juste place dans la symphonie gouvernementale. Nous devons insister sur les valeurs, à apprécier sur le terrain de la morale et de l’éthique et à faire vérifier par une enquête de moralité en bonne et due forme. Quand tout cela est fait, on peut considérer que le gouvernement est prêt. Et qu’il est bon pour le service. Jérôme Carlos |
|
||||||||