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Accusation de corruption contre la Magistrature : Me Gbèdo avoue ses excès de langage
23.01.2012 - Adjinakou
Mieux vaut tard que jamais. Me Marie Elise Gbèdo a retrouvé de la voix pour répondre enfin aux magistrats. Ces derniers, furieux contre elle, ne lui ont pas pardonné sa sortie médiatique du 8 décembre 2011, quand elle a dit, en substance, que la magistrature, béninoise est corrompue. Dans un ton plutôt conciliant, la ministre de la Justice a relativisé ses propos mis en cause et appelle ses collaborateurs magistrats ou non à, en synergie, travailler pour la restauration de l'image de la justice béninoise.
Il n'est jamais tard pour bien faire dit-on. Il aura fallu plus d'un mois pour que la ministre de la Justice, Marie Elise Gbèdo revienne sur ses propos tant décriés par l'Unamab et pour lesquels elle fut désavouée par le chef de l'Etat qui a reçu les Magistrats en jouant la carte de l'apaisement. Les magistrats qui pourtant s'attendaient à un mea culpa de leur autorité ministérielle n'auront eu droit qu'à de simples justifications et un appel à la revalorisation de la justice du Bénin. Avec tact et s'appuyant sur des éléments d'illustration précis, Marie Elise Gbèdo a d'abord pris le soin de justifier sa bonne foi et sa disponibilité à travailler avec les magistrats du Bénin. Ce qui selon elle transcrit bien dans ses nominations de magistrats comme collaborateurs directs au sein même du cabinet ministériel et d'autres dans les différentes juridictions de notre pays.
" Certains des magistrats appelés par moi pour me seconder directement sont même membres du Bureau exécutif de l'Union Nationale des Magistrats du Bénin (Unamab) " a-t-elle précisé. Marie Elise Gbèdo a relativisé ses propos du 8 Décembre dernier : " Je ne peux donc, ni de près ni de loin, juger que toute la magistrature de notre pays, ni que tous les magistrats, sont touchés par la corruption " a-t-elle dit.
En effet, même si les propos du ministre de la justice en tant qu'avocat et porte parole du gouvernement étaient, à la limite incendiaires, il y a lieu de reconnaitre que la corruption au Bénin est un phénomène social total qu'il faut éradiquer. Les faits sont là et en disent long. Dire donc que des acteurs de la justice du Bénin sont touchés par des faits de corruption ne serait pas exagéré.
Pour preuve, Marie Elise Gbèdo éclaire : " le livre blanc édité par l'observatoire de lutte contre la corruption en 2009 dont le Président de l'UNAMAB est membre, indique que, de 2007 à 2009, si la corruption a stagné à la douane et au niveau de la fonction publique, le secteur de la justice est l'un des secteurs dans lequel elle s'est aggravée. Dans le même sens, l'enquête diagnostique réalisée par le cabinet CERTI en 2007 pour le compte de l'Institut de la Banque mondiale et la Banque africaine de Développement sur la corruption et la gouvernance au Bénin, a révélé que 66% des béninois n'ont aucune confiance dans le système judiciaire béninois. Les enquêtés trouvent le système judiciaire discriminatoire au détriment des pauvres (85%), injuste (82%), manipulé par des intérêts économiques (82%). Les entrepreneurs, ceux-là mêmes à qui toute l'attention requise devrait être accordée étant donné que c'est l'entreprise qui crée des emplois, distribue des revenus et produit donc la richesse trouvent que l'influence de la corruption sur les décisions de justice relevant de nos tribunaux s'élève à 75%"
Réaffirmant tout de même son respect pour la Justice sur la quelle elle s'empêche de faire des déballages publics, le ministre de la justice a annoncé que des dossiers impliquant des magistrats sont en cours de traitement et seront soumis au Conseil supérieur de la Magistrature dans les prochains jours. Une annonce donc qui une fois de plus amène à penser le mode opératoire d'éradication du fléau que constitue la corruption. Punir les hommes est certes une mesure salutaire mais il serait encore plus intéressant de crever l'abcès. Le fait d'avoir des corrompus dans la maison justice implique inévitablement des corrupteurs. L'assainissement du secteur devrait donc partir d'une relecture des textes en vigueur et une étude sérieuse des facteurs de la corruption au Bénin. Sans quoi la simple sanction des corrompus risque de prendre une allure cyclique car n'importe quel homme placé dans les mêmes conditions finira par céder aux pratiques mises en cause.
Vitali Boton

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