27/01/2012
Classement Rsf sur la liberté de la presse : Les voyants au rouge pour le Bénin
Pour la dixième édition, le classement annuel de liberté de la presse a été publié le 25 janvier dernier par Reporter sans frontière, Rsf. Le Bénin recule, de la 70ème à la 91ème place.
Le Bénin perd 21 places entre l'avant-dernier classement de Reporter sans frontière publié en 2010 et la dernière édition, 2011-2012, la dixième, publiée il y a quelques jours. Le Bénin à la 91ème place revient à dire que le respect pour la défense de la liberté de la presse a reçu un coup. Mais au fond, qu'en est-il des faits reprochés ?
L'année 2011 a été aussi marquée par les violences perpétrées sur les professionnels des médias, bien que détenteurs de leur carte de presse, par des agents de Police. En février, un journaliste de la presse écrite avait été molesté par les gardes du président de l'Assemblée nationale qui lui reprochaient d'avoir médit de leur patron, lors d'une conversation entre confrères à l'Infosec de Cotonou. Lors de la marche réprimée de l'opposition le 24 mars dernier à Cotonou, un journaliste a été violemment bastonné par la police, sans oublié la bastonnade d'un autre confrère de Canal3 par les sapeurs pompiers.
De leur côté, les professionnels des médias, toutes catégories confondues, ont marché le mardi 12 avril à Cotonou pour protester contre la récurrence des violences policières contre leur corporation. Ces majeurs faits ont d'une manière ou d'une autre participé à l'avènement de cette reculade du Bénin vue par Rsf.
La dégringolade de notre pays est également due à l'absence du code de l'information qui est actuellement en étude et qui sera bientôt sur la table des honorables députés. Ici, la bataille est rude et seul le vote de ce code permettra de situer les uns et les autres. Aussi, la dépénalisation des délits de presse fait-elle courir les acteurs concernés. A ce niveau, l'hétérogénéité des points de vue demeure encore et les acteurs du monde des médias devront une fois, être dans l'expectative jusqu'au jour où le combat de la dépénalisation sera une tangible réalité au Bénin.
Il faut signaler que depuis 2002, le Bénin ne cesse de reculer pour plusieurs raisons même quelques mouvements de rebonds ont été observés entre temps. Ainsi, de 2002 où le Bénin occupait la 21ème place, il est passé au 29ème rang en 2003, 27ème en 2004, 25ème en 2005, descend au 24ème en 2006, puis 53ème en 2007, 70ème en 2008, 72ème en 2009 et avant de revenir au 70ème rang en 2010. Toutes choses qui montrent que le développement économique, les réformes des institutions et le respect des droits fondamentaux ne vont pas forcément de pair. Ce qui revient à dire que la défense de la liberté de la presse demeure toujours un combat auquel tout acteur doit veiller.
Le classement 2011-2012 voit toujours en tête le même groupe de pays à savoir la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas, respectueux des libertés fondamentales, rappelant que l'indépendance de la presse ne peut être préservée que dans les démocraties fortes et que la démocratie se nourrit de la liberté de la presse. Il est à noter l'entrée du Cap-Vert et de la Namibie dans les vingt pays les mieux classés, deux pays africains où aucune entrave au travail des journalistes n'a été recensée en 2011. La progression la plus notable dans le classement est réalisée par le Niger qui occupe la 29ème place avec 75 places gagnées grâce à une transition politique réussie. C'est également sur le continent africain qu'on comptabilise les chutes les plus importantes : le Djibouti perd 49 places et devient 159ème. La Côte d'Ivoire quant à elle chute de 41 places et se positionne à la 159ème place en raison du conflit entre les camps de Laurent Gbagbo et d'Alassane Ouattara qui a durement touché le secteur de la presse. Le Malawi perd 67 places en raison de la dérive totalitaire de son président, Bingu Wa Mutharika et occupe le 146ème rang.
Gathum Gbaguidi
|
|