Suppression du suivi médical des donneurs de sang au Cnhu-HKM : Le découragement gagne les bénévoles .
La Nation - Par Imaculée DEGBELO (Stag) 13 Jui 2017 .
Les donneurs bénévoles de sang du Centre national hospitalier et universitaire (Cnhu) Hubert Koutoukou Maga de Cotonou sont mécontents. Et pour cause, la prise en charge dont ils bénéficiaient autrefois a été supprimée.
Les donneurs bénévoles de sang du Centre national hospitalier et universitaire (Cnhu) Hubert Koutoukou Maga de Cotonou se font de plus en plus rares. Ce manque d’engouement est lié à la suppression de leur suivi médical à la banque de sang.
Selon Romaric Kpèhounton, donneur bénévole de sang régulier, c’est une démotivation générale qui a gagné le rang des donneurs de sang. « Je ne viens plus donner comme avant, dit-il, parce que la prise en charge est suspendue. De même, l’accueil laisse à désirer à la banque de sang», confie-t-il.
L’autre raison à la base de ce découragement des donneurs est liée au fait qu’ils subissent des mauvais traitements en cas de besoin du liquide précieux pour eux-mêmes ou leurs enfants. « Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est de leur faute. Si tu es donneur de sang et que ton enfant en a besoin, tu n’en trouves même pas », témoigne Brice Akindélé, un donneur. « C’est dommage que nous donnions du sang pour sauver la vie des autres et les nôtres en meurent, j’ai été victime de cela », regrette-t-il.
Si ces donneurs sont mécontents, ce n’est pas le cas d’Eulodie Bocco qui suggère que l’important est de sauver des vies. Elle invite ses amis à ne pas cesser de donner de leur sang, à cause du mauvais accueil ou de la suppression du suivi médical des bénévoles.
Pour le vice-président de l’Association des donneurs de sang bénévoles du Bénin (Adsbb), Rynce Agassoussi, la suppression a fait que beaucoup de donneurs ne sont plus réguliers. D’autres, par contre, n’en donnent même plus, signale-t-il. Confirmant leur grief, il nuance qu’il ne s’agit pas de prise en charge, mais de suivi médical. Car, explique-t-il, il y a une éthique en matière de don de sang. Pour lui, le don de sang est bénévole et quand on parle de prise en charge après le don, le caractère bénévole disparaît. « Ce qu’on peut faire pour que le donneur soit toujours apte est un suivi médical. Il est fait afin que la personne qui donne de son sang soit entretenue, car il consistue un gisement de sang pour nous», renchérit Rynce Agassoussi.
Des raisons de la suppression
A en croire Rynce Agassoussi, la suppression du suivi médical se justifie. En effet, le département de l’Atlantique reçoit la majorité des donneurs de sang malades des autres départements du Bénin. A ce sujet, il révèle que ces derniers se faisaient gracieusement traiter au niveau du Cnhu. « Mais, à un moment donné, cela fut coupé à cause de la dette de la banque de sang vis-à-vis du Cnhu et dont le montant s’élève à plus de 200 millions F Cfa », précise-t-il. Cette situation, souligne-t-il, a amené les responsables du Cnhu à mettre fin au suivi médical en 2009. Après les multiples négociations avec le directeur général du Cnhu d’alors en 2010, Abdoulaye Idrissou, ce dernier accepte, mais exige le paiement d’une partie par les donneurs, clarifie le vice-président. Mais les activités qui ont repris normalement, il y a deux ans, sont suspendues à nouveau à cause des difficultés financières du Cnhu. Il explique que contrairement au Cnhu, dans les autres départements, le suivi médical est toujours assuré aux donneurs, car chaque département est autonome. « Néanmoins, dit-il, si le donneur est porteur de l’un des marqueurs sérologiques tels que l’hépatite A, B, la syphilis ou le sida, il est appelé à être suivi ».
Pour changer la situation, Rynce Agassoussi implore l’indulgence du ministre de la Santé pour négocier avec son homologue des Finances afin que le suivi médical des donneurs de sang soit pris en compte par le budget national.
Il faut rappeler que ce manque d’engouement des donneurs bénévoles met le service de la transfusion sanguine du Cnhu en difficulté pour couvrir les besoins exprimés. Au regard des besoins de cet hôpital, révèlent certains agents de la banque, quarante donneurs de sang par jour ne suffiraient pas pour faire fonctionner correctement le service.