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MAGAZINE DE LA FEMME BENINOISE | EDITON DE NOVEMBRE 2012
Couple : Les 6 clés d'un couple heureux

Clé n°1 : la tolérance

Les particularités de chacun, d’abord attirantes, sont aussi à la source de nombreux conflits. Si accepter les différences n’est pas toujours facile, cela reste nécessaire pour enrichir la relation.

Pourquoi c’est difficile

« Les différences qui séparent les partenaires sont à l’origine même de leur histoire, remarque la psychanalyste Sophie Cadalen. Ce sont elles qui nous invitent à aller vers l’autre, qui nous le rendent attirant, parce que unique. » Ne dit-on pas « Je l’aime parce qu’il [elle] n’est pas comme les autres » ? Sauf que, passés les premiers temps, enthousiastes, de cette découverte, les différences se retournent en contraires, et ces particularités qui attiraient peuvent devenir insupportables. Pourquoi ? Parce que, selon Sophie Cadalen, « se disant que l’on veut construire quelque chose de solide avec l’autre, on pense que cela ne sera possible qu’en se mettant d’accord sur tout ».

La difficulté à se détacher de l’image parentale

« Cherchant, plus ou moins consciemment, à trouver en son partenaire le double de son parent (ou son parfait contraire, ce qui revient au même), on ne peut qu’être déçu quand on se rend compte qu’il n’en est qu’un pis-aller », explique le psychanalyste Samuel Lepastier. A cette image parentale s’ajoute celle du partenaire idéal, que chacun porte, parfois à son insu, en lui : « Voir les différences de l’autre, c’est reconnaître qu’il n’est pas conforme au prince charmant que l’on imaginait. » Conséquence : le désenchantement, vécu comme la fin de l’amour.

Pourquoi c’est important

« C’est quand chaque partenaire reconnaît ce qui fait la spécificité de l’autre que naît l’amour : on peut alors l’aimer pour ce qu’il est réellement », souligne Samuel Lepastier. C’est ce que les spécialistes appellent l’« amour mature ». Renonçant à former le couple idéal ou fantasmé, les partenaires sont alors prêts à faire de leur couple une création unique, et ce justement grâce à l’apport spécifique – différent – de chacun dans la relation. « C’est du heurt des contraires que jaillit la flamme de la vie », assurait Jung.

Clé n°2 : des valeurs communes

Vivre avec un même que soi n’est ni possible ni souhaitable. Mais vivre avec son contraire multiplie les risques de désaccord. Entre ces deux extrêmes ? Un juste milieu qui repose sur le partage de valeurs essentielles.

Pourquoi c’est difficile

« Pour beaucoup de couples, ce n’est que lorsque la passion du début cède le pas à la “vraie” relation que les deux partenaires découvrent qu’ils ne s’entendent pas sur l’essentiel », souligne le psychologue et psychothérapeute Patrick Estrade. Autrement dit, sur leurs valeurs. « Celles-ci relèvent de l’éthique de chacun. C’est la façon dont moi je décide d’envisager la vie, ce sont les principes du contrat que je choisis de passer avec elle pour avancer au quotidien. »

Nos valeurs

Elles découlent de l’éducation que nous avons reçue, de notre personnalité, de notre environnement culturel et social, de nos expériences. Relatives et particulières, elles sont rarement toutes communes à deux êtres. Reste que, d’après le thérapeute, « si elles sont radicalement opposées, le couple ne pourra pas aller loin ».

Pourquoi c’est important

De ces valeurs dépend la façon dont chacun va hiérarchiser ses priorités, ses envies et ses besoins. Elles vont guider sa vie avec les autres, mais aussi avec « l’autre » : sera-t-il fidèle ou la fidélité n’est-elle pour lui que secondaire ? Considère-t-elle l’entraide comme une valeur fondamentale ou donne-t-elle plus d’importance à la compétition ? Accorde-t-il la même valeur que moi à l’argent ? La famille est-elle sacrée à ses yeux ? Divorcée, Marie-Hélène, 43 ans, raconte : « De culture juive, j’ai toujours accordé une importance prépondérante aux repas familiaux. Mon ex-mari, lui, y était allergique ! J’espérais qu’avec le temps, il s’y ferait… Mais non. »

Clé n°3 : un lien d’amitié

Et si votre partenaire était aussi votre meilleur ami ? Complicité et confiance sont indispensables pour construire un lien toujours vivant.

Pourquoi c’est difficile

Parler d’amitié dans le couple ne va pas de soi, tant ce sentiment se marie mal avec la vision romantique, passionnée et sexuée que nous avons de l’amour. Pourtant, la première piste que le thérapeute américain John Gottman dégage de son étude est que « les mariages heureux sont fondés sur une profonde amitié ».

L'amitié

Celle-ci se nourrit des centres d’intérêt et des loisirs communs, mais également de l’estime, du respect et du soutien mutuels, du souci d’être à l’écoute des envies ou des souffrances de l’autre…

« Les couples heureux se connaissent intimement, reprend John Gottman, ils savent parfaitement ce que l’autre aime, n’aime pas, ses particularités, ses espoirs, ses rêves. » Tout ceci exige de porter une attention de tous les instants à l’autre, ce qui n’est pas si simple. « On se voit tous les jours et l’on oublie de se regarder… », note Jean-Michel Fitremann, sexologue et psychothérapeute.

De plus, beaucoup donnent la primauté de l’amitié aux relations hors couple, tandis qu’ils laissent à la vie conjugale le privilège de la sexualité et… des conflits.

Pourquoi c’est important

« Le meilleur ami, la meilleure amie, c’est celui ou celle que l’on aime le plus, mais sans en manquer, sans en souffrir, sans en pâtir, c’est celui ou celle que l’on a choisi(e), celui ou celle que l’on connaît le mieux, qui nous connaît le mieux, sur qui on peut compter, avec qui on partage souvenirs et projets, espoirs et craintes, bonheurs et malheurs… », écrit le philosophe André Comte-Sponville (In Petit Traité des grandes vertus, Seuil, Points, 2001). Avant de conclure : « Qui ne voit que c’est en effet le cas dans un couple […] ? »

Clé n°4 : des paroles partagées

Trop de silences minent l’intimité au quotidien. Mais trop en dire aussi… Peut-on apprendre à parler la même langue ? Mise au point sur l’art et la manière de communiquer vraiment à deux.

Pourquoi c’est difficile

« S’ils veulent approfondir leur connaissance réciproque et leur intimité, il est évident que les partenaires doivent communiquer », affirme le psychologue et sexologue Yvon Dallaire, à l’instar de tous les spécialistes du couple. Mais il ajoute : « Le paradoxe est que plus on approfondit pensées et émotions en les communiquant, plus on augmente aussi pour chacun les probabilités d’incompréhension, d’interprétation et… de déception : “Je n’aurais jamais cru que tu puisses penser une chose pareille, je ne te reconnais plus. Et si je ne te reconnais plus, si tu n’es plus celui que je pensais, comment puis-je continuer à t’aimer ?”»

L'art subtil de la discussion

Pour Yvon Dallaire, la discussion dans le couple est donc un art subtil. Il ne suffit pas de maîtriser les règles dites d’une communication saine (parler de son ressenti face au comportement de l’autre plutôt que le critiquer, au « je » plutôt qu’au « tu », etc.). Pourquoi ? Parce que ce qui marche dans un cadre professionnel ou pédagogique est, dans les échanges amoureux, parasité par la charge affective qui domine. Pris dans la relation, les partenaires n’ont pas la distance nécessaire qui leur permettrait, contrairement à un thérapeute, de recevoir tous les mots de l’autre sans les juger et sans culpabiliser.

Un exemple

Ainsi, Virginie, 31 ans, a beau dire, en bonne connaisseuse des règles de communication : « Je ne suis pas heureuse en ce moment dans cette relation », son ami n’entendra jamais autre chose que : « Tu ne me rends pas heureuse. » Inversement, il y a des soirs où celui-ci, la trentaine également, se passerait volontiers des réflexions existentielles de Virginie, même s’il sait combien il est essentiel d’être à l’écoute…

Clé n°5 : une entente sexuelle

Elle est une source d’épanouissement et une autre manière de se rencontrer. Mais comment garder une sexualité heureuse sur le long terme ? Voilà le défi qui s’impose à ceux qui veulent faire durer le plaisir.

Pourquoi c’est difficile

Vivre une relation durable et s’entendre toujours bien sexuellement : tous les couples en rêvent mais beaucoup en doutent. Pourquoi ? Parce que, passés les premiers temps de la relation, « le couple a le sentiment d’avoir déjà fait le tour de sa sexualité », constate la sexologue Catherine Solano. Ils savent quels gestes, quelles caresses leur donnent du plaisir, et ne passent plus que par ceux-là… « Or, le plaisir naît des variations », rappelle la sexologue.

La pudeur

Des années de vie commune n’empêchent pas la découverte de nouveaux plaisirs sexuels partagés. Mais, paradoxalement, elles tendent à accroître la pudeur entre les partenaires. Ainsi, une patiente de Catherine Solano avouait qu’après des années de mariage, elle qui avait toujours été rebutée par la fellation, aurait bien « essayé, pour voir ». Mais elle n’osait pas : « Mon mari ne comprendrait pas ! »

La promiscuité

Autre ennemi de l’entente sexuelle sur le long terme : la promiscuité. Selon Jean-Michel Fitremann, sexologue et psychothérapeute, « les partenaires qui passent tout leur temps libre ensemble risquent de ne plus se voir vraiment ; ils ne perçoivent plus l’autre comme un autre.

Clé n°6 : des projets et des rêves

Pour avancer, le couple a besoin de se projeter. Et c’est quand les désirs de chacun s’unissent en une vision commune que l’avenir devient stimulant.

Pourquoi c’est difficile

Avoir des enfants, construire une maison, partir en vacances l’été prochain… Même des projets de couple aussi basiques peuvent poser problème. Parce que pour y penser, encore faut-il avoir l’espoir de durer, ce que les statistiques sur la longévité des couples n’encouragent guère… « Demain, nous investissons dans un terrain, mais dans dix ans, serons-nous ensemble pour rembourser l’emprunt ? »

Principe de plaisir et principe de réalité

Cause et conséquence de cette fragilisation des couples, les amoureux ont tendance à vivre suivant ce que Freud appelle le « principe de plaisir », au détriment du « principe de réalité ». Or, parler de projets de couple, c’est être de plain-pied dans le concret. Enfin, en parlant « projets communs », les partenaires craignent souvent que cela ne les oblige à renoncer à leurs propres ambitions : « Comment réaliser mon projet de faire le tour du monde si elle me dit qu’elle veut trois enfants ? »

Pourquoi c’est important

Pourtant, « il est impossible d’avancer dans la vie sans avoir des projets », affirme le psychologue et coach Alain Delourme. Cette vérité vaut non seulement pour l’individu, mais aussi pour le couple, qui a sa dynamique propre. « Se projeter ensemble, c’est en effet donner un peu de sécurité et de stabilité à sa relation », ajoute le thérapeute.

Source : http://www.psychologies.com/Couple/Vie-de-couple